Décembre 2009- Février 2010 - Librairie Book In Bar Aix en Provence
AU SUJET DE L'EXPOSITION:
Daniel Tammet est l’un des synesthètes les plus connus de la planète. L’une de ses particularités ? Voir les chiffres et les nombres en couleurs, les dotant d’une texture, d’une histoire et d’une personnalité propre. Une vision originale et poétique.
Le photographe Jérôme Tabet a voulu rendre compte de ce monde mystérieux et inaccessible. Ses photos, abstraites et lumineuses, librement inspirées des synesthésies de Tammet, bousculent les frontières de la représentation mathématique et nous ouvrent les portes d’un univers en mouvement, vivant, vibrant et cosmique.
Vous souhaitez exposer ce travail ? Contactez jerometabet@yahoo.fr
ABOUT THE EXHIBITION:
Daniel Tammet is one of the world's best-known synaesthetes. One of his remarkable abilities? Seeing figures and numbers in colour, endowing them with a texture, with a story and a personality. An original and poetic vision.
The photographer Jerome Tabet wanted to reveal this mysterious and inaccessible world. His photos, abstract and brilliant, freely inspired by Tammet's synaesthesia, push back the borders of mathematical representation and open the doors to a universe in motion, alive, vibrating and cosmic.
Would you like to exhibit this work? Contact jerometabet@yahoo.fr
Du 16 février au 20 avril 2009
Hall de la Mairie
Villeneuve les Avignon
Par Jérôme TABET
Photographe
Ce qui frappe en premier lorsqu'on pose le pied en Islande, c'est la grandeur du ciel. Par beau temps, notre regard est immédiatement happé par cette couche épaisse d'un bleu froid. Les quelques nuages semblent ici servir de bornes kilométriques, renforçant un peu plus la longueur de cette autoroute aérienne.
On pense à Yves Klein quand nos yeux, rivés sur l'azur, débordent de bleu. Mais en Islande, le ciel n'est rien sans la terre. Plate, noire, couverte par endroit d'un vert acide, elle n'a rien à offrir, ni aux fleurs, ni aux arbres. Elle ne sert que d'appui à la voûte céleste. Ainsi, apparaît l'abstraction pure : une couche de bleu - une couche de vert - une couche de noir. La ligne vibrante de l'horizon permet aux couleurs du ciel et de la terre de ne jamais se mélanger. J'y ai vu un tableau de Rothko.
Quelle merveille ! Mon objectif en salivait de plaisir comme devant un mille-feuille. L'Islande m'offrait ses joues les plus lumineuses, je ne pouvais refuser de lui tirer le portrait. Ridée par des larmes de lave et couvert d'un chapeau de neige, elle souffrait l'excentricité de concilier le brûlant et la froidure. Sa langue glacière recroquevillée (Effet de Serre oblige) mâtinait d'un blanc fragile le bleu et le vert, tandis que des postillons de vapeur rivalisaient avec la forme des nuages.
L'art de la Nature s'exposait dans chaque recoin. Mais les constructions de l'homme n'étaient pas en reste. L'ingéniosité humaine avait réussi à dompter l'humeur souterraine. Les usines géothermiques surgissaient comme des champignons d'argent sur un sol lunaire. Leur arborescence de tuyaux offrait une géométrie linéaire, dessinant les arabesques d'un labyrinthe métallique. De près, l'entreprise est colossale. Mais l'odeur nauséabonde qui s'en dégage nous invite au recul. A distance, on croit voir un modèle réduit en plastique.
Disciplinée, la sève grouillante sert à la jouissance des hommes. Quelle ne fût pas ma surprise de découvrir au milieu de nulle part, alors que les horizons sont nus, une soupe bleue pailletée dans laquelle flottaient de petits êtres couverts de silice ! Le contraste était à la fois saisissant et effrayant. Avais-je quitté la Terre ? Assistais-je au tournage d'un film de science-fiction à gros budget ? L'Islande me montrait qu'elle avait aussi le sens de l'humour. Les surréalistes en auraient fait un tableau, un film. Je pris une photo.
Je décidais de m'éloigner des vanités, marchant le long de plages au sable d'ébène. Dans mon objectif se reflétaient le regard triste des macareux et le violet intense des lupins de l'Alaska. J'étais tombé amoureux de cette Terre. L'eau glacée me suçait les pieds avec affection. En quelques clics j'avais réussi à saisir la complexité graphique du pays : ses aplats de couleurs pastels, sa géométrie de lignes horizontales et verticales ainsi que les marques plutôt coquasses de la présence des hommes.